top of page

Tension d'étirement et tension de contraction musculaire : zoom sur une base anatomique

Photo du rédacteur: Corentin Clarigo
Corentin Clarigo
2 oct. 2020
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 sept.



Biceps curl | Tension d'étirement l Tension de contraction

Aujourd'hui, dans la plupart des programmes d'entrainement que tu peux trouver, les exercices sont souvent choisis au hasard.

On tombe rapidement dans le piège de vouloir imiter son voisin ou pire, ses influenceurs ou youtubeurs préférés, sans prendre en considération leurs différences anatomiques.

Autrement dit, la séance d'entraînement d'Arnold Schwarzenegger pour sa préparation à Mr. Olympia ne te donnera malheureusement pas sa condition physique, et ce même après des années d'entraînement. Un des facteurs pouvant l'expliquer se trouve dans l'article d'aujourd'hui.



Le couplage tension d'étirement / tension de contraction, qu'est ce que c'est ?


Tu te demandes pourquoi il y a autant d'exercices en musculation ? Ou comment expliquer les variantes infinies de certains mouvements, pourtant destinés à travailler le même muscle ? La réponse est simple : ta morpho-anatomie est unique, tu dois donc respecter quelques principes de base pour optimiser ta progression. Attardons-nous aujourd'hui sur le principe de tension d'étirement et de tension de contraction.


Pour faire simple, lorsque tu fais un exercice, tes fibres musculaires sont soumises à une tension, à la fois sur l'étirement mais aussi sur la contraction. Cette tension sera différente selon ta position (assis, debout, incliné), le matériel que tu utilises (haltères, machines, poulies), ainsi que l'amplitude du mouvement.

Un exercice peut provoquer une forte tension d'étirement (phase où le muscle est allongé) ou une forte tension de contraction (phase où le muscle est raccourci). En revanche, aucun exercice ne peut provoquer une forte tension d'étirement ET de contraction en même temps.


Mais il y a une possibilité d'optimiser au mieux cette relation. En combinant les deux types de tension dans la même séance, tu es certain de travailler ton muscle dans toute son "amplitude de mouvement", ce qui permet d'avoir un développement musculaire optimisé.

Si tu le travailles majoritairement avec un seul type de tension (étirement OU contraction), tu risques à terme de stagner voire de régresser. C'est aussi valable en sens inverse : négliger l'un des deux types crée un déséquilibre intramusculaire (capacité de recrutement des fibres au sein d'un même muscle).

Exemple : le curl incliné sur banc pour les biceps est un exercice à forte tension d'étirement, le curl au pupitre est un exercice à forte tension de contraction. Si tu choisis de ne faire que l'un ou l'autre sur le long terme, tu progresseras sur les biceps pendant un certain temps, mais au bout d'un moment ton évolution sera moindre voire inexistante.


Ne travailler que sur un seul type de tension provoque un déséquilibre qui ne se voit pas forcément à l'œil nu, mais qui peut stopper la progression d'un muscle et accentuer l'effet "point faible". D'où l'importance de travailler sur toute l'amplitude, aussi bien en étirement qu'en contraction, pour optimiser le développement sur le long terme.



Pourquoi ça marche : la physiologie derrière le principe


Ce principe pratique repose sur un phénomène physiologique connu depuis presque un siècle : la relation force-longueur du muscle. À l'intérieur de chaque fibre, les unités contractiles (les sarcomères) génèrent une force qui dépend directement de leur longueur au moment de la contraction.

Quand le sarcomère est à sa longueur optimale (ni trop étiré, ni trop raccourci), les filaments contractiles peuvent se lier au maximum et générer la force la plus élevée. À l'inverse, quand il est très raccourci ou très étiré, les liaisons se font moins bien et la force chute. C'est pour ça qu'à charge égale, la tension "ressentie" par ton muscle n'est pas la même sur toute l'amplitude d'un exercice.

Cette réalité a une conséquence directe pour ta programmation : un exercice ne charge pas ton muscle de la même façon partout dans le mouvement. Il a un "optimum" tension qui lui est propre, avec un pic quelque part dans la trajectoire. Certains chargent le pic en position étirée (curl incliné, écarté couché), d'autres en position contractée (curl pupitre, extension à la poulie).



Cas concrets par groupe musculaire


Voyons comment appliquer ce principe muscle par muscle, avec des exemples concrets.

Pectoraux :

  • Tension d'étirement : développé couché, développé incliné, dips

  • Tension de contraction : écartés aux poulies vis-à-vis, machines convergentes type pec-deck

Dorsaux :

  • Tension d'étirement : tirages verticaux (traction, tirage poitrine), pull-over penché à la poulie haute

  • Tension de contraction : tirages horizontaux (rowing, tirage assis à la poulie basse)

Quadriceps :

  • Tension d'étirement : presse à cuisses profonde, sissy squat, squat, hack squat

  • Tension de contraction : leg extension

Ischio-jambiers :

  • Tension d'étirement : soulevé de terre jambes tendues, good morning

  • Tension de contraction : leg curl allongé, leg curl assis

Biceps :

  • Tension d'étirement : curl incliné haltères, curl à la poulie basse penché en avant

  • Tension de contraction : curl au pupitre (banc Larry Scott), curl concentré

Triceps :

  • Tension d'étirement : extension nuque haltère, dips

  • Tension de contraction : extension à la poulie haute, kick-back haltère


En associant des exercices à la fois à forte tension d'étirement et à forte tension de contraction dans ta programmation, tu travailles le muscle sur l'ensemble de ses capacités physiologiques et anatomiques, ce qui rend la croissance musculaire optimale.

On peut s'aider d'un schéma d'échelle de tension, pour simplifier la programmation de ton programme d'entrainement, même si celle-ci ne doit pas découler uniquement du principe développé aujourd'hui. Ça aidera à savoir comment travailler tes points faibles (souvent sous-développés et courts) et tes points forts (souvent sur-développés et longs).



Coach sportif | Saint-Rémy de Provence | 
Exemple d'échelle de tension contraction/étirement pour les dorsaux.

Ce que la science récente vient préciser


1. L'hypertrophie n'est pas uniforme dans le muscle. 


Les travaux de Zabaleta-Korta (2023) et de Kinoshita (2020, sur les mollets) montrent que différents exercices n'entraînent pas seulement "plus ou moins" de croissance, mais aussi une croissance qui se répartit différemment à l'intérieur du même muscle. Un exercice à frote tension d'étirement tend à développer les zones plus distales du ventre musculaire, tandis qu'un exercice à forte tension de contraction, développe plutôt les zones plus proximales. Traduit dans ton programme : combiner les deux types de tension n'est pas seulement une question d'amplitude complète, c'est aussi la meilleure façon de développer harmonieusement toutes les zones du muscle. C'est un argument supplémentaire pour ne pas se limiter à un seul type.


2. La position étirée pèse un peu plus lourd sur la balance hypertrophie. 


La méta-analyse de Wolf publiée en 2023 a montré un léger avantage aux répétitions réalisées en position étirée du muscle, avec une différence standardisée de -0,28 par rapport à l'amplitude complète classique. Une étude plus récente publiée en 2025 chez des pratiquants entraînés vient toutefois nuancer ce résultat : dans cette population, les partiels étirés produisent des adaptations similaires (et non supérieures) à l'amplitude complète. La position qui se stabilise : la position étirée est une alternative très valable, pas une méthode magique. Sur la plupart des muscles, elle mérite d'être présente dans le programme, sans devenir le seul mode de travail.


3. Le matériel change la courbe de tension. 


Un curl haltère et un curl à la poulie basse ne sollicitent pas le biceps de la même façon dans l'amplitude, même si le muscle mobilisé est identique. À l'haltère, la charge "réelle" ressentie varie fortement au cours du mouvement (elle est maximale quand l'avant-bras est perpendiculaire à la gravité, faible en haut et en bas). À la poulie, la résistance reste beaucoup plus constante sur toute l'amplitude. Ça veut dire qu'un exercice classé comme "à forte tension d'étirement" ne l'est pas nécessairement de la même manière selon le matériel utilisé. C'est une subtilité à connaître quand tu construis un programme précis.


Une nuance importante à garder en tête, qui prolonge tout ce qui précède : la position étirée est efficace pour l'hypertrophie, mais elle n'est pas une invitation à forcer l'étirement au-delà de ce que tes articulations tolèrent. Une articulation qui tire ou qui craque n'est jamais un bon signal. La règle simple à retenir : étirement chargé oui, étirement extrême non. Un peu moins d'amplitude mais des séances qui s'enchaînent pendant des années valent infiniment mieux qu'une amplitude maximale suivie d'une épaule bousillée.

Si tu veux creuser la mécanique complète de la tension mécanique (recrutement des unités motrices, RIR, reps effectives), je l'ai développée en profondeur dans mon article dédié à la tension mécanique et l'hypertrophie.



Comment appliquer ce principe à ta programmation


Sur un point faible musculaire, je te conseille de ne pas oublier les exercices à forte tension de contraction. Raison : sur ces exercices, tu ressens beaucoup mieux le muscle travailler, ce qui améliore la connexion cerveau-muscle qui est souvent défaillante sur un point faible. Cet effet est particulièrement visible avec la congestion, qui reste chez la quasi-totalité des pratiquants un excellent indicateur de qualité de séance et de recrutement moteur. Rien n'appuie vraiment scientifiquement ce phenomène, mais force est de constater de façon empirique que sur mes clients et moi mêmes, les muscles qui congestionnent le mieux sont la plupart du temps des points forts.

Sur un point fort musculaire, tu peux te permettre d'orienter davantage vers la tension d'étirement. Le ressenti étant déjà bon, tu maximises l'hypertrophie brute en exploitant la position étirée qui, comme on l'a vu, produit un peu plus de croissance à volume égal.

Dans les deux cas, la règle reste la même : il faut les deux types de tension dans le programme sur la semaine. C'est le déséquilibre entre les deux qui plafonne la progression, pas l'usage exclusif de l'un ou de l'autre sur une séance.

Si tu veux structurer un programme complet qui applique tout ça proprement (fréquence, volume, choix d'exercices), j'ai développé le cadre entier dans mon guide complet 2026 sur le programme d'entraînement en musculation.



L'interview avec Michael Gundill


Si tu veux en savoir un peu plus au sujet de la tension d'étirement et de la tension de contraction, j'ai pu en parler quelques minutes avec Michael Gundill, l'auteur des ouvrages les plus complets en musculation, les Méthodes Delavier.

Rends-toi directement à 36mn 36sc de ma vidéo pour avoir encore plus de détails.





Conclusion


Pour déterminer quels exercices favoriser en fonction de ta morpho-anatomie et gagner du temps sur ta progression, réserve un appel gratuit de 15 minutes. On regarde ensemble ta situation, ta morpho et ton programme actuel, et je te dis franchement quels ajustements feraient la différence dès la séance suivante.



Bon entraînement, et n'oublie pas : ce n'est pas l'exercice le plus populaire qui construit ton corps, c'est celui que tu as choisi parce qu'il correspond à ta morpho.


Corentin - Coach sportif

2 commentaires


Alexis Auger
Alexis Auger
18 oct. 2023

Il y a une GROSSE Erreur dans l’article, soit une coquille, soit une vrai erreur :

< Prenons maintenant l’exemple des pectoraux pour les exercices à tension de contraction, on s'orientera sur des exercices de développés : couché> Le développé Couché est un exercice à forte tension d’étirement …

A corriger pour les debutants qui lisent l’article.

J'aime
Corentin Clarigo
Corentin Clarigo
19 oct. 2023
En réponse à

C'est exact merci, je corrige directement l'article, surtout que dans la vidéo avec Gundill je parle justement des pectoraux et des exos a forte tension d'étirement/contraction à privilégier, en évoquant les développés en tant qu'exercices à forte tension d'étirement.

J'aime
bottom of page